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Les adolescent.e.s et les jeunes, principaux acteur.rices du changement social

La situation des violences faites aux femmes dans l’État plurinational de Bolivie est extrêmement préoccupante. Les données montrent que sept femmes sur dix ont subi une forme de violence au cours de leur vie. Chaque année, entre 80 et 90 féminicides sont recensés, ce qui représente l’un des taux les plus élevés d’Amérique latine. Dans le domaine judiciaire, près de 60 % des infractions traitées sont liées aux violences faites aux femmes, principalement aux violences intrafamiliales, qui, dans la majorité des cas, n’aboutissent pas à une condamnation, notamment en raison de l’abandon ou du retrait des plaintes. Cette réalité nous oblige à envisager des alternatives de transformation structurelle face aux violences patriarcales.

Dans ce contexte, sachant que plus de 30 % de la population bolivienne est composée d’adolescent.e.s et de jeunes — un groupe qui joue un rôle majeur dans les dynamiques sociales du pays — et qu’il s’agit d’une période déterminante de la vie, au cours de laquelle se construisent la personnalité, les valeurs et les repères qui permettent de s’intégrer à la société, cette population constitue un groupe stratégique pour œuvrer au démantèlement du système patriarcal, en remettant en question les normes sociales et culturelles qui perpétuent le machisme, les violences et le patriarcat.
 
L’art s’est révélé être un moyen efficace pour réfléchir, interpeller et remettre en question des pratiques culturellement normalisées, mais nuisibles à une coexistence harmonieuse. C’est pourquoi l’IPTK a choisi de faire de l’art un outil de transformation sociale. En effet, il offre des ressources particulièrement adaptées aux caractéristiques de ce public en pleine évolution, notamment parce qu’il leur permet de :

  • Identifier leur propre réalité afin de la questionner, à partir de leurs centres d’intérêt ;
  • Participer à des activités pratiques plus attrayantes et stimulantes ;
  • Exprimer, grâce au travail manuel, les sentiments et les émotions liés à leurs expériences de vie ;
  • S’exprimer librement et donner leur avis sans crainte d’être jugé.e.s ou critiqué.e.s.

Spectacle de danse présenté par un groupe de filles accompagnées par l’IPTK

 
Ainsi, des thématiques telles que la remise en question des normes sociales qui perpétuent le système hégémonique, la déconstruction de la masculinité hégémonique afin de promouvoir des masculinités plus égalitaires et moins violentes, le renforcement du dialogue intergénérationnel ainsi que la valorisation du rôle des adolescent·es et des jeunes en tant qu’acteur·rices du changement social ont été abordées.

 
L’IPTK intervient dans cinq disciplines artistiques :

  • la littérature engagée ;
  • le dessin et la peinture ;
  • la danse classique et folklorique ;
  • le théâtre et les marionnettes ;
  • la communication et la radio.

Les jeunes qui participent aux ateliers sont bénéficiaires des CERPI (Centres de ressources pédagogiques intégrales), situés dans les zones urbaines de Sucre ainsi que dans plusieurs communes rurales. Les participant.e.s choisissent librement la discipline artistique qui les intéresse. Les ateliers réunissent des groupes mixtes composés de filles et de garçons.
 

Atelier de peinture organisé dans un CERPI

Méthodologie des ateliers

En ce qui concerne la méthodologie des activités artistiques menées avec les jeunes, l’IPTK met en œuvre une approche pratique et constructiviste, fondée sur les principes de la pédagogie de la libération. Selon les caractéristiques des thématiques abordées, cette méthodologie s’articule autour de cinq étapes principales :

Première étape : réflexion avec les jeunes sur les thématiques

Avec l’appui de professionnel.le.s, les thématiques sont abordées en collaboration avec des animateur.trice.s spécialisé.e.s dans les différentes disciplines artistiques, c’est-à-dire des éducateur.rice.s formé.e.s à ces questions. Un travail individuel est également mené afin d’analyser la manière dont les pratiques et les modèles culturels influencent directement les adolescent·es et les jeunes, dans le but de favoriser leur pleine appropriation de la thématique abordée.

 
Deuxième étape : adaptation des programmes

Les animateur.rice.s adaptent les programmes pédagogiques de chaque discipline artistique à la thématique retenue.

 
Troisième étape : formation des groupes et début des ateliers

Les groupes avec lesquels le projet sera mis en œuvre sont constitués. En règle générale, les enfants, les adolescent·es et les jeunes choisissent la discipline artistique qu’ils et elles souhaitent pratiquer. Les participant·es sont ensuite réparti·es par tranche d’âge, généralement en deux groupes mixtes : un premier groupe de 10 à 13 ans et un second de 14 à 18 ans. Le travail direct avec les adolescent·es et les jeunes peut alors commencer.

Au fur et à mesure que les participant·es acquièrent les aspects techniques et spécifiques de chaque discipline artistique, une réflexion est menée autour de la thématique retenue. Les éléments propres à chaque discipline sont alors définis : par exemple, le scénario pour le théâtre, les thématiques pour la danse ou encore le style d’écriture pour la littérature engagée.

À titre d’exemple, cette année, l’une des thématiques retenues a été la transformation de la masculinité hégémonique. Les participant.e.s à l’atelier de théâtre ont choisi d’aborder la question de la masculinité fragile et ont créé une pièce intitulée « Rompre le silence, c’est sauver des vies ». Cette œuvre met en lumière la manière dont la société réprime l’expression des émotions chez les garçons et montre que, particulièrement à l’adolescence, cette répression peut engendrer de la dépression et des violences entre pairs. Les jeunes ont choisi cette thématique en raison du nombre élevé de suicides chez les adolescent.e.s en Bolivie, dont près de 90 % concernent des garçons. Leur objectif était d’amener leurs pairs à réfléchir à l’importance d’exprimer librement leurs émotions, mais aussi de sensibiliser les parents à la nécessité d’un accompagnement bienveillant, dénué de tout préjugé.

L’ensemble du processus de création est conçu en vue d’aboutir à une représentation ou à la production d’un support pouvant être partagé avec l’ensemble de la population.

 
Quatrième étape : présentation et exposition communautaire

Cette étape consiste à présenter ou à exposer les créations réalisées devant leurs pairs, des adultes ou la communauté dans son ensemble.

À titre d’exemple, cette année, l’atelier de dessin et de peinture a choisi de travailler sur le thème de l’éducation complète à la sexualité (ECS). Les participant.e.s ont réalisé des œuvres dans lesquelles ils et elles expriment leur vécu et leurs réflexions autour de la sexualité. Certaines peintures dénoncent les violences sexuelles, notamment celles commises à l’encontre des enfants, des adolescent·es et des jeunes, un sujet particulièrement sensible. D’autres abordent les questionnements liés à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle. Enfin, une fresque murale a été réalisée afin de sensibiliser le public à l’importance de la santé menstruelle.

 
Cinquième étape : espaces de dialogue et d’actions collectives

Un espace de dialogue est ensuite ouvert autour de la thématique abordée, avant de définir des actions concrètes à mener, tant à titre individuel que collectif.

À titre d’exemple, à l’issue de la représentation théâtrale, les adolescent.e.s ont invité les parents à échanger en leur posant des questions et en ouvrant un dialogue sur leur perception de la pièce. Ensemble, ils et elles ont réfléchi à la manière dont les familles peuvent mieux accompagner leurs enfants afin qu’ils et elles grandissent dans un environnement plus sûr, moins marqué par la violence, en favorisant de nouvelles façons d’être un homme et en déconstruisant les modèles patriarcaux et machistes.

 

Conclusion

 
Bien que ces étapes soient relativement simples, elles se sont révélées particulièrement efficaces pour aborder des thématiques telles que les violences, la traite des êtres humains, la masculinité hégémonique, l’éducation complète à la sexualité, ainsi que d’autres sujets complexes, en les rendant accessibles et pertinents pour ce public.
Nous tenons à souligner que, dans les espaces de réflexion, ce sont les adolescent.e.s et les jeunes qui portent et présentent leurs points de vue. Ils et elles s’affirment ainsi comme les principaux acteur.rices du changement social, rompant avec les approches adultocentrées, dans lesquelles les adultes n’assument qu’un rôle de facilitation et d’accompagnement des processus de création artistique.

Les adolescent.e.s et les jeunes, principaux acteur.rices du changement social
Les adolescent.e.s et les jeunes, principaux acteur.rices du changement social

Mots-clés

#Animation #Pédagogie
Auteur(s) : IPTK