Les bonnes pratiques d’engagement citoyen : les comités citoyens du MPP
Depuis 2019, le Mouvement Paysan de Papaye (MPP) accompagne des comités citoyens. Ce sont des collectifs constitués de citoyen.ne.s aux profils divers (enseignant.e.s, paysan.ne.s, jeunes, élu.e.s, leaders religieux…) réuni.e.s pour co-construire des actions collectives répondant aux enjeux locaux de leurs territoires (au niveau de leur section communale), avec un fort accent mis sur la mobilisation des jeunes et la transition écologique.
Une capitalisation menée en 2025 a permis de mettre en avant les apprentissages de plusieurs années d’accompagnement par le MPP dans la structuration de ces comités à travers l’élaboration d’une vision et de plan d’action dans chacun de ces comités citoyens.
Depuis leur création, les comités citoyens ont expérimenté différentes approches pour structurer leur gouvernance, renforcer leur mobilisation, et affirmer leur place dans les dynamiques locales. Certaines de ces pratiques se sont révélées particulièrement efficaces, tant en termes d’ancrage communautaire que de durabilité.
La capitalisation a permis de faire ressortir ces bonnes pratiques d’engagement issues des processus participatifs mis en œuvre dans les comités citoyens, et l’appui continu des animateur.ice.s du MPP. Ces pratiques ne se sont pas imposées, mais ont souvent émergé par expérimentation, ajustement et appropriation progressive par les membres des comités. Cette fiche présente ces bonnes pratiques :
Le leadership tournant : une gouvernance partagée en pratique
Le principe du leadership tournant, mis en place dans la majorité des comités, repose sur l’idée que la responsabilité ne doit pas reposer durablement sur un seul individu, mais être assumée tour à tour par différents membres. Ce fonctionnement, formalisé dans les règlements internes des comités citoyens, permet d’éviter les effets de personnalisation du pouvoir et de mieux répartir les charges. Sa mise en place concrète a été facilitée par les formations en animation et gouvernance organisées par MPP et GRADIMIRH (organisation haïtienne partenaire du projet), ainsi que par un suivi rapproché dans les premières rotations.
Cette pratique a mieux fonctionné dans les comités où le niveau de confiance entre membres est élevé, et où un groupe de personnes actives est disponible pour prendre le relais. À l’inverse, dans certains comités marqués par une forte dépendance à une figure de leadership unique ou par une faible dynamique collective, le modèle reste fragile ou peu appliqué.
L’usage d’outils participatifs : construire l’action avec tous.te.s
Les outils participatifs, notamment les grilles de chemin de changement, la cartographie des acteurs, ou encore les supports visuels simplifiés, ont joué un rôle structurant dans la manière dont les comités planifient et évaluent leurs actions. Ces outils ont été introduits dans le cadre des ateliers AOC, puis adaptés par les comités selon leur contexte. Des exemples d’outils sont présentés en annexe de cette fiche.
Concrètement, ces outils ont permis de rendre les discussions plus inclusives, même en présence de membres peu alphabétisé.e.s. Leur usage s’est particulièrement enraciné là où les animateur.rice.s ont été en mesure de faciliter l’appropriation, en répétant les exercices sur plusieurs sessions.
L’implication des jeunes et des femmes : l’inclusion par la pratique
L’engagement des jeunes et des femmes n’a pas été imposé de manière formelle ou autoritaire, mais s’est construit à travers des espaces dédiés (comités de jeunesse, ateliers mixtes, activités intergénérationnelles) et une valorisation concrète de leurs rôles dans les actions menées. À Loménus, par exemple, le comité de jeunes appelé Union des Jeunes (UJL) s’est mobilisé autour de la production artisanale et la gestion d’une pépinière.
Dans certains comités citoyens, des jeunes siègent au comité exécutif, et des femmes président certaines activités. Ils et elles participent activement aux formations, aux campagnes de sensibilisation, aux actions environnementales et aux activités génératrices de revenus. Les femmes prennent des responsabilités dans la gouvernance interne et sont engagées dans les dynamiques de plaidoyer. Ces initiatives ont été encouragées par des formations spécifiques à la thématique genre, et un appui à la structuration interne.
Ces pratiques inclusives ont mieux fonctionné dans les contextes où les normes sociales locales sont plus favorables à la participation des jeunes et des femmes. À l’inverse, dans certains comités, où des jeunes ont été récemment intégrés, on observe souvent des résistances sociales : leur inclusion reste partielle, malgré les efforts déployés. Plusieurs jeunes membres témoignent à la fois de leur volonté de s’impliquer et des obstacles qu’ils rencontrent dans la prise de parole ou la prise de responsabilité :
« Nous, les jeunes nouvellement intégrés, on a des idées, mais parfois on ne sait pas si c’est à nous de proposer. » - ateliers de discussion à Marmont, Aguahédionde et avec les représentants des trois comités de Mirebalais.
Cette hésitation souligne la nécessité de renforcer les capacités (notamment sur le stéréotype lié à l’âge) des membres récemment intégrés et de mettre en place des mécanismes clairs de transmission des rôles et des responsabilités au sein des comités. Les formations sur les stéréotypes liés à l’âge dans le cadre du projet, ont eu des effets positifs auprès de nombreux membres des comités citoyens et des autres participant.e.s issu.e.s des communautés.
Ces sessions ont permis d’éveiller les consciences sur les formes de discrimination ordinaire basées sur l’âge, qu’elles soient exercées à l’encontre des jeunes ou des personnes âgées, dans la vie sociale, familiale, organisationnelle ou communautaire. Ces formations ont favorisé une remise en question des pratiques discriminatoires implicites et ont encouragé l’émergence de comportements plus inclusifs dans les relations intergénérationnelles.
Un témoignage recueilli lors d’un atelier de discussion à Aguahédionde illustre bien cette évolution :
« Avant, il y avait une sorte de discrimination dans notre famille. On donnait plus de valeur aux parents au détriment des jeunes. Dans la préparation des repas, ce sont les parents qui avaient le privilège de bénéficier des meilleurs morceaux de viande. Parfois, leur point de vue n’a jamais été pris en compte. Après cette formation sur les stéréotypes, tout le monde dans ma famille est valorisé comme il se doit. Cette formation a changé positivement nos habitudes familiales. »
Ce type de retour montre que les formations ont non seulement eu un impact sur la compréhension des inégalités, mais qu’elles ont également contribué à transformer de manière progressive les rapports au sein même des familles et des comités, en instaurant une reconnaissance plus inclusive et des apports de chacun.e, quel que soit son âge.
Apprentissage collectif et partage entre comités
Plusieurs comités ont réalisé des visites croisées, des échanges inter-comités ou des ateliers collectifs organisés avec la méthode AOC (Approches orientées Changement). Ces moments d’échange ont permis un apprentissage horizontal entre pairs, notamment sur des questions de fonctionnement, d’activités de terrain ou de mobilisation. Le comité de Loménus, par exemple, a pu s’inspirer d’expériences du mode de fonctionnement et de structuration interne de celui de Juanaria.
Ce type de dynamique a été efficace lorsqu’il a été bien préparé (visites ciblées, objectifs partagés, retour d’expérience), et s’est inscrit dans un temps suffisamment approprié. Cependant, cette dynamique d’apprentissage entre comités a parfois été limitée par des contraintes logistiques — telles que l’éloignement géographique, le manque de moyens de transport ou de ressources pour organiser les rencontres.
La mobilisation par l’action concrète : renforcer la participation à travers des activités collectives
Dans tous les comités, l’organisation d’activités concrètes et collectivement utiles — telles que les « konbit » agricoles, les campagnes d’assainissement, les expositions de plantes médicinales ou l’entretien des pépinières — a joué un rôle central dans le renforcement de la mobilisation citoyenne. Ces actions, directement reliées aux besoins de la communauté, ont permis de générer et/ou d’inciter de l’adhésion au-delà des membres formels du comité, tout en valorisant les savoirs locaux. Elles facilitent également l’implication de nouveaux profils, notamment des jeunes, qui trouvent dans ces initiatives un espace de contribution pratique. Cette approche a particulièrement bien fonctionné dans tous les comités ayant su articuler tradition (solidarité paysanne) et enjeux environnementaux et citoyennetés.
Les bonnes pratiques des comités citoyens montrent qu’il est possible de construire des dynamiques citoyennes solides à partir des ressources locales, à condition de bénéficier d’un temps accompagnement suffisant, d’un cadre participatif clair et structurant, et d’une capacité d’adaptation aux réalités propres à chaque comité. Ces expériences soulignent que l’efficacité d’une pratique repose moins sur sa technicité que sur la qualité des relations entre les membres, la clarté dans la répartition des rôles et la progressivité dans sa mise en œuvre.
Retrouvez des exemples d’outils utilisés par les comités citoyens, en annexe dans la fiche à télécharger ci-dessous ou dans la colonne de droite :



